L’HGH et la tésamoréline sont souvent présentées comme deux versions du même sujet. C’est inexact : l’une est l’hormone de croissance, l’autre est le signal qui la déclenche. Cette différence de niveau d’action explique tout le reste.
L’axe de l’hormone de croissance, en trois étages
La production d’hormone de croissance suit une cascade. L’hypothalamus, à la base du cerveau, libère la GHRH (growth hormone releasing hormone). Celle-ci ordonne à l’hypophyse de sécréter l’hormone de croissance, qui agit à son tour sur les tissus, en grande partie par l’intermédiaire d’un second messager produit par le foie, l’IGF-1.
Cette cascade est régulée : quand l’hormone de croissance et l’IGF-1 montent, l’organisme freine lui-même la sécrétion suivante, par une hormone appelée somatostatine. C’est le point qui distingue fondamentalement les deux molécules dont il est question ici.
L’HGH : l’hormone elle-même
L’hormone de croissance humaine est une protéine de 191 acides aminés, d’environ 22 kilodaltons, produite naturellement par l’hypophyse. La version dite recombinante est fabriquée par biotechnologie, à partir de cellules programmées pour produire une protéine de séquence identique à l’hormone humaine.
Elle se mesure en unités internationales (UI, ou IU en anglais), une unité qui exprime une activité biologique plutôt qu’une masse — héritage de l’époque où l’hormone était extraite de tissus, et où deux lots n’avaient pas exactement la même activité.
Apportée de l’extérieur, elle ne dépend plus de la régulation de l’organisme : elle court-circuite l’étage de l’hypophyse. C’est ce qui en fait un outil de référence en endocrinologie expérimentale, et aussi ce qui la rend plus difficile à étudier sans perturber l’ensemble de l’axe.
La tésamoréline : un signal, pas une hormone
La tésamoréline reprend les 44 acides aminés de la GHRH humaine, avec un ajout chimique — un groupement trans-3-hexénoyle — qui la rend plus résistante à la dégradation par les enzymes du sang. La GHRH naturelle est détruite en quelques minutes ; cette stabilisation est toute la raison d’être de la molécule.
Comme elle agit à l’étage du dessus, la sécrétion qu’elle provoque reste soumise aux freins naturels de l’organisme : elle conserve le caractère pulsatile de la sécrétion physiologique, là où un apport direct d’hormone produit un taux continu. C’est la différence que la recherche met le plus souvent en avant.
La tésamoréline est aussi l’une des rares molécules de cette famille à avoir franchi toutes les étapes d’essais cliniques : elle est autorisée aux États-Unis depuis 2010, sous le nom d’Egrifta, pour une indication précise — la lipodystrophie associée au VIH. Cette autorisation concerne un médicament fabriqué et contrôlé comme tel, pas les fioles vendues comme peptides de recherche.
Les différences en un coup d’œil
| HGH | Tésamoréline | |
|---|---|---|
| Nature | Hormone de croissance recombinante | Analogue de la GHRH |
| Taille | 191 acides aminés (~22 kDa) | 44 acides aminés |
| Niveau d’action | Directement sur les tissus | Sur l’hypophyse, en amont |
| Régulation naturelle | Contournée | Conservée (sécrétion pulsatile) |
| Unité de mesure | UI (unités internationales) | Milligrammes |
| Statut médicament | Autorisée dans le déficit en GH | Autorisée aux États-Unis (VIH) |
| Liste antidopage | Interdite en permanence | Interdite en permanence |
Ce que cela change pour la conservation
Les deux arrivent sous forme de poudre lyophilisée, état dans lequel un peptide est stable longtemps à l’abri de la lumière. L’HGH, protéine bien plus grosse, est en revanche plus fragile une fois remise en solution : les protéines de cette taille supportent mal la chaleur, l’agitation vigoureuse et les cycles de congélation. Le sujet est détaillé dans notre guide sur la conservation des peptides lyophilisés.
Où en est la recherche ?
L’hormone de croissance est étudiée depuis les années 1950 et fait partie des protéines les mieux documentées de l’endocrinologie. La tésamoréline dispose d’essais cliniques solides, mais sur une population et une indication précises ; en dehors de ce cadre, les données restent limitées.
Aucune des deux n’est autorisée en France comme produit de consommation, et les fioles vendues ici sont destinées exclusivement à la recherche en laboratoire. Pour vérifier ce que contient réellement une fiole, le seul document qui vaut est le rapport d’analyse du lot : notre guide explique comment lire un certificat d’analyse.
Fiche technique
- HGH (somatropine)
- 191 acides aminés, environ 22 kDa, produite par recombinaison
- N° CAS de la somatropine
- 12629-01-5
- Tésamoréline
- Analogue de la GHRH de 44 acides aminés, avec un groupement trans-3-hexénoyle
- N° CAS de la tésamoréline
- 218949-48-5
- Demi-vie publiée
- Tésamoréline : 26 à 38 minutes
- Statut réglementaire
- Somatropine autorisée (déficit en hormone de croissance) ; tésamoréline autorisée aux États-Unis (Egrifta, 2010)
- Statut antidopage (AMA)
- Interdites en permanence (classe S2)
Ce que dit la recherche
Résumé des données publiées, rédigé par l'équipe PeptidLab. Il décrit des molécules étudiées en laboratoire ou en essai clinique : rien ici n'est une indication d'usage.
1985AutorisationFDA
Première hormone de croissance humaine produite par recombinaison autorisée aux États-Unis, en remplacement de l'hormone extraite d'hypophyses.
2007Phase 3N Engl J Med
Tésamoréline chez 412 patients vivant avec le VIH : baisse de la graisse viscérale d'environ 15 % en 26 semaines, sans effet notable sur la graisse sous-cutanée.
2011RecommandationJ Clin Endocrinol Metab
Recommandations de l'Endocrine Society sur le diagnostic et le traitement du déficit en hormone de croissance de l'adulte.
2014Essai randomiséJAMA
Tésamoréline : baisse de la graisse viscérale et de la graisse du foie chez des patients vivant avec le VIH.
Sécurité : ce que rapportent les études
- Hormone de croissance : rétention d'eau, douleurs articulaires et musculaires, syndrome du canal carpien et baisse de la sensibilité à l'insuline sont décrits dans les notices.
- Tésamoréline : réactions au point d'injection, douleurs articulaires et hausse de l'IGF-1 et de la glycémie, d'après les essais.
Sources
Liens vers PubMed ou vers le document d'origine. Articles en anglais.
- Falutz J et al. Metabolic effects of a growth hormone-releasing factor in patients with HIV. N Engl J Med, 2007. PubMed
- Molitch ME et al. Evaluation and treatment of adult growth hormone deficiency: an Endocrine Society clinical practice guideline. J Clin Endocrinol Metab, 2011. PubMed
- Stanley TL et al. Effect of tesamorelin on visceral fat and liver fat in HIV-infected patients with abdominal fat accumulation: a randomized clinical trial. JAMA, 2014. PubMed
Mis à jour en octobre 2026.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre l’HGH et la tésamoréline ?
L’HGH est l’hormone de croissance elle-même. La tésamoréline est un analogue de la GHRH : elle agit en amont, sur l’hypophyse, qui libère alors sa propre hormone de croissance.
La tésamoréline est-elle un médicament ?
Aux États-Unis, la tésamoréline dispose d’une autorisation depuis 2010 sous le nom d’Egrifta, pour une indication précise liée au VIH. Les fioles vendues comme peptides de recherche ne sont pas des médicaments et n’ont aucune autorisation de mise sur le marché.
Pourquoi l’HGH se mesure-t-elle en UI et la tésamoréline en milligrammes ?
L’UI (unité internationale) mesure une activité biologique, historiquement utilisée pour les hormones extraites. La tésamoréline, peptide de synthèse, se mesure simplement par sa masse.
Ces deux produits sont-ils interdits dans le sport ?
Oui. L’hormone de croissance et les analogues de la GHRH figurent tous deux sur la liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage, en permanence et pas seulement en compétition.
Ce guide a une vocation informative et scientifique. Les produits PeptidLab sont destinés exclusivement à la recherche en laboratoire et ne sont pas destinés à la consommation humaine ou animale.